20 mars 2014

Bitcoin, la « monnaie » virtuelle qui ne laisse personne indifférent

Bitcoin

Le phénomène Bitcoin continue de faire parler de lui entre buzz et (fausses) polémiques qui alimentent les médias grand public. Le Bitcoin est une monnaie virtuelle décentralisée (P2P) lancée en 2009. Indépendante de toute « banque centrale » et de toute régulation pour le moment, le Bitcoin est une « crypto monnaie » utilisable uniquement par voie électronique. Malgré des rumeurs de transactions anonymes, le principe même du fonctionnement de Bitcoin fait que toutes les transactions entre utilisateurs sont publiques.

  • Avantage du Bitcoin : il peut s’échanger contre n’importe quelle autre monnaie classique (dollars, euros, yen, etc.) mais aussi virtuelles.
  • Inconvénient : indexé sur aucune valeur, il est soumis à la spéculation. Son cours de change est très volatil, car un nombre limité de Bitcoin est en circulation et le volume de transactions reste encore assez faible.

Si le Bitcoin est une innovation intéressante qui a entraîné la création d’autres « crypto monnaies » décentralisées (comme le DogeCoin), il attire également les convoitises de cybercriminels et autres arnaqueurs. Il peut être, par exemple, utilisé pour blanchir de l’argent dérobé lors de vols de cartes bancaires.

Cybercriminalité et Bitcoin

Après la fermeture de Liberty Reserve, l’ancienne monnaie virtuelle plébiscitée sur les marchés noirs de la cybercriminalité, certains cybercriminels se sont tournés vers Bitcoin pour réaliser leurs transactions de façon “anonyme” et “intraçable”. En réalité, ceci n’est pas vraiment le cas. Si les transactions sont anonymes, elles restent néanmoins traçables, permettant de remonter aux cybercriminels n’ayant pas pris assez de précautions.

Le Bitcoin peut être directement la cible d’attaque. Ce n’est pas étonnant quand on sait que sa valeur s’est déjà élevée à près de 1000$. Autant dire que cela a fait de ses utilisateurs des cibles très prisées. Certaines attaques ont exploité des malwares de type « mineurs de Bitcoin » pour infecter des ordinateurs et créer des botnets générant des Bitcoins à l’insu de leurs victimes. Pour exemple, en décembre 2013, la police allemande a annoncé avoir arrêté 2 suspects qui opéraient un botnet avec lequel ils avaient généré 700 00 (?) euros en Bitcoin. D’autres malwares de type chevaux de Troie intègrent parfois des modules pour voler les portefeuilles électroniques de Bitcoin. Il est d’ailleurs conseillé de ne pas stocker son portefeuille numérique sur un ordinateur mais plutôt sur un disque dur externe non connecté voire sur support papier (QR Code). Certains services web proposent également de stocker les portefeuilles de façon sécurisée mais ils ne sont pas à l’abri d’une cyberattaque, comme l’a connu le site inputs.io dont les utilisateurs ont perdu 4100 Bitcoins dans l’opération (pour une valeur de 1,18 million de dollars à l’époque).

D’autres attaques ont visé les plateformes d’achat, de vente, ou d’échange  de Bitcoins contre d’autres monnaies virtuelles ou classiques. Les cybercriminels ont su profiter des faiblesses de ces plateformes pour mener des actions qui semblent avoir eu raison de plusieurs d’entre-elles (DDoS, vol). Une plateforme d’échange canadienne, FlexCoin, a annoncé sa fermeture le 3 mars dernier, suite au vol de 896 Bitcoins, soit 600 000 euros. Deux semaines avant, c’était la société MtGox qui annonçait sa mise en faillite. Pour cette plateforme, qui était l’une des plus connues, les raisons de la fermeture restent obscures. Au-delà des cyberattaques, la mésaventure connue par Mt.Gox proviendrait surtout de failles techniques dans son système de transactions qui auraient permis à des fraudeurs de voler 400 millions de Bitcoins.

Les plateformes d’échange ne sont pas les seules plateformes visées. Silk Road 2.0, « l’eBay de la drogue », un site cybercriminel sur lequel les échanges sont faits en Bitcoins, aurait également été victime d’une attaque informatique. Le montant de ces attaques s’élèverait à une trentaine de millions de dollars en Bitcoins. D’autres avancent une autre hypothèse : Silk Road 2.0 aurait été victime d’une escroquerie provenant de ses propres propriétaires, des cybercriminels malhonnêtes ?

Quelle régulation du Bitcoin par les Etats ?

Le Bitcoin ne laisse pas les Etats indifférent. Certains l’autorisent et encadrent son usage, d’autres le tolèrent ou préfèrent alerter sur les risques pesant sur les monnaies virtuelles, et enfin, certains pays choisissent simplement de l’interdire.

  • L’Allemagne est l’un des seuls pays à avoir reconnu officiellement le Bitcoin comme monnaie privée. Une taxe a été instaurée pour réguler l’usage.
  • La Finlande ne considère pas le Bitcoin comme une monnaie mais comme “marchandise brute (commodités)”. Les citoyens finlandais peuvent investir dans le Bitcoin (comme il le ferait dans de l’or) et s’en servir comme un moyen de paiement. La Banque de Finlande met en garde contre les risques du Bitcoin : « c’est à vos risques et périls !».
  • Les Etats-Unis semblent toujours partagés. Si certaines déclarations ne semblent pas hostiles au Bitcoin, d’autres mettent en gardent contre les risques et les liens étroits avec la cybercriminalité. Deux hôtels de Las Vegas, le D et le Golden Gate, acceptent désormais la monnaie virtuelle.
  • Le Japon ne considère pas le Bitcoin comme une monnaie et penser à le taxer.
  • La France s’inquiète d’une utilisation du Bitcoin « en vue de blanchiment ou de financement d’activités terroristes ». La Banque de France et TRACFIN se sont notamment exprimés à ce sujet. La France tente donc de renforcer l’encadrement de l’utilisation du Bitcoin. Depuis le 29 janvier 2014, le Bitcoin peut uniquement être échangé « contre des devises ayant cours légal (euro, dollar, yen, etc.) ».  Les plateformes d’échange basées en France (et échangeant des Bitcoin contre des devises légales) doivent être habilitées comme « prestataire en services de paiements (c’est à dire un établissement de crédit, un établissement de paiement ou un établissement de monnaie électronique) ».
  • La Russie et la Chine n’affectionnent pas le Bitcoin et tentent de l’interdire. Pour la Chine, les Bitcoins « ne sont pas émis par des autorités compétentes », « n’ont pas de cours légal » « n’ont pas le même statut légal que les monnaies fiduciaires » et « n’ont en aucun cas valeur de devise authentique». Pour la Russie, le Bitcoin est tout simplement « interdit » car c’est un moyen de paiement anonyme et virtuelle ».

Dans certains pays (Canada, Chypre, Etats-Unis, Singapour, Suisse, Australie…), on trouve déjà des distributeurs automatiques de Bitcoins permettant de créditer son compte ou de retirer en devises locales mais également des commerçants qui acceptent les paiements par Bitcoins (dentistes, restaurants, bars…).

Quel futur pour le Bitcoin ?

Le Bitcoin va continuer à faire parler de lui et à alimenter les polémiques autour de son utilisation. Les cybercriminels se sont rapidement intéressés à cette « monnaie » tant pour effectuer des transactions opaques malgré l’anonymat relatif que pour les nouvelles possibilités qu’elle permet en développant des malwares et autres botnets pour générer et voler des portefeuilles électroniques de Bitcoin.

D’un autre côté, les Etats prennent lentement position pour ou contre le Bitcoin. Chaque pays commence à s’interroger sur une potentielle régulation nationale, en oubliant que cette « monnaie » virtuelle et décentralisée est par essence internationale.

Le Bitcoin et ses dérivés actuels ou futurs ont donc une longue carrière devant eux.

Pour en savoir plus :

 

One Comment on “Bitcoin, la « monnaie » virtuelle qui ne laisse personne indifférent

Bitcoin, la « monnaie » virtuelle q...
26 mars 2014 chez 7 h 20 min

[…] Le phénomène Bitcoin continue de faire parler de lui entre buzz et (fausses) polémiques qui alimentent les médias grand public. Le Bitcoin est une  […]

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